Le Séjour des 5 e à Guernesey et Jersey

Trente élèves de 5e, accompagnés de leurs professeurs d’anglais et de français, ont passé deux jours ensoleillés sur les îles anglo-normandes.

DÉPART
Mardi 10 mai 2011, « dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne », nous sommes partis… Nous (30 élèves de 5èA et B accompagnés par Mme Pouillard, professeur d’anglais, et Mme Grosfils, professeur de français) avons pris le bus à 6 h pour nous rendre à St Malo.

A l’embarcadère du Naye, nous ne sommes pas les seuls, il y a plein de groupes ! (photo 1)

SUR LA MER

Nous embarquons sur Condor Ferries à 8h « heure française ». Il fait très beau, un peu frais, mais la mer est d’huile. Le bateau est plein, il faut s’arranger pour les places.
La mer s’agite un peu quand nous approchons de Jersey (vers 9h15). Quelques élèves sont malades, mais relativement peu par rapport à d’habitude d’après Mme Pouillard.
Nous allons dehors et en profitons pour faire des photos.

(photos 3 et 4) (phare de Jersey)

ARRIVÉE À GUERNESEY (GUERNSEY EN ANGLAIS)

Nous arrivons à Guernesey à 10h « heure locale ». Nous sortons du bateau, récupérons les bagages, qui sont récupérés par les gens du camping.
Première étape : l’Office de tourisme où Mme Pouillard distribue des plans de St Peter Port. (photo 5)

ST PETER PORT : LES RUES, CANDIE GARDENS, HAUTEVILLE HOUSE
Nous traversons les rues piétonnes pour aller visiter l’église St Pierre, citée par Victor Hugo dans son poème Fenêtres ouvertes : « Une cloche est en branle à l’église Saint-Pierre » et dans son roman Les Travailleurs de la mer : « L’église de Saint-Pierre-Port, triple pignon juxtaposé avec transept et flèche, est au bord de l’eau au fond du port, presque sur le débarcadère même. Elle donne la bienvenue à ceux qui arrivent et l’adieu à ceux qui s’en vont. Cette église est la majuscule de la longue ligne que fait la façade de la ville sur l’océan. »
Nous passons devant Market Place et le marché couvert les Arcades pour monter par Mill street, la rue des antiquaires. Toutes les rues sont pavoisées pour la fête nationale du 9 mai jour commémorant la Libération de l’occupation allemande en 1945. (photo 6)

Beaucoup de boutiques célèbrent aussi le mariage princier, devant l’une d’elle, photo souvenir avec Kate-Emilie et William-Baptiste ! (photo 7)

Cela grimpe de plus en plus.
Dans Union Street, nous croisons la plus vieille boite postale britannique. (photo 8)

Plus loin, la Tour Victoria érigée en 1848 pour commémorer la visite surprise de la reine Victoria en 1846 (1ère fois par un monarque régnant). Hugo y a écrit des strophes de La fin de Satan (suite de La légende des siècles) et a gravé avec Juliette Drouet ses initiales. (photo 9)

Nous passons devant Elizabeth College et arrivons aux Candie Gardens, pour pique-niquer. Cela tombe bien car nos ventres commencent à gargouiller, il est 13h pour nous (12h ici). (photo 10)

Séance photo devant la statue de Victor Hugo donnée par la France en 1914. (photo 11)

On peut lire sur son socle la dédicace des Travailleurs de la mer, dont on peut trouver le titre en anglais dans la boutique du parc : Toilers of the sea. (photo 12)

Dans ce parc, nous nous arrêtons aussi devant la Priaux Library, belle demeure transformée en bibliothèque et devant la statue de la reine Victoria célébrant son Diamond Jubilee (60 ans). Son règne de 63 ans (1837-1901) est le plus long de toute l’histoire du Royaume-Uni.
Nous saluons la statue de Hugo en partant rejoindre sa maison. (photo 13)

Nous descendons cette fois vers le port et croisons un groupe d’écoliers en uniforme. (photo 14)

Toute la journée, en nous promenant dans les rues, nous avons découvert d’autres particularités de cette île anglo-normande, comme par exemple les voitures à louer avec un « H » (pour hire : louer), les cabines téléphoniques bleues, le sigle "L" sur les véhicules. ("L" signifie "Learner", c’est-à-dire "Apprenti"), la circulation à gauche. Encore plus curieux, devant les entrées, ces termes juridiques en anglo-normand : « Ces premises sont terre à l’amende », « Cette propriété est à l’amende ».
Nous passons devant une brasserie (brewery) et redescendons par le quartier des banques.
Nous sommes frappés par les belles voitures et les businessmen en costume chic.
A North Esplanade, nous sommes passés devant le pub White Hart (cerf) et le pub Ship and Crown (qui, à l’origine, était The Crown Hotel, dans lequel Juliette Drouet, la maîtresse de Victor Hugo, s’installa à son arrivée sur l’île). Pour le quizz d’anglais, il fallait trouver que le mot pub vient de public house.
En montant vers Hauteville House, nous nous arrêtons au N°26 Cornet Street et nous séparons en trois groupes : deux vont directement vers la maison d’Hugo avec Mme Pouillard et l’autre entre dans cette ancienne maison victorienne à la fois musée et boutique de bonbons et souvenirs.
(photos 15, 16 et 17)
Près de là, nous avons une belle vue sur le port et son gardien, Castle Cornet. (photo 18)

Chaque groupe passe devant Fairy House, au n°20 de Hauteville street, maison dans laquelle Hugo et sa famille s’installent en 1855 avant d’habiter Hauteville House. Il l’achète en 1864 pour Juliette. Puis, nous arrivons au N°27 à Hauteville House. (photo 19)
Cette maison appartient à la ville de Paris, elle lui a été donnée par les descendants de Victor Hugo en 1927 pour le centenaire du Romantisme (en 1827 Hugo publie sa pièce Cromwell, drame dont la préface est considérée comme le manifeste du Romantisme) (photo 20)
Le 16 mai 1856, grâce au succès de son recueil poétique Les Contemplations, Victor Hugo achète cette grande maison avec jardin surplombant l’océan. Il y vit jusqu’à son retour en France en 1870, après la chute du Second Empire et y fait ensuite quelques séjours jusqu’en 1878 avec ses petits-enfants. (photo 21)

Dans le couloir qui mène au jardin, on peut lire le poème Mon Jardin :

« Dans le gazon qu’au sud abrite un vert rideau,

On voit, des deux côtés d’une humble flaque d’eau

Où nagent des poissons d’or et de chyroprase, 

Deux aloès qui font très bien dans une phrase ;

Le bassin luit dans l’herbe, et semble, à ciel ouvert,

Un miroir de cristal bordé de velours vert ;

Un lierre maigre y rate un effet de broussailles ;

Et, bric à brac venu d’Anet ou de Versailles,

Pris à l’antre galant de quelques nymphe Echo,

Un vase en terre cuite, en style rococo,

Dans l’eau qui tremble avec de confuses cadences,

Mire les deux serpents qui lui tiennent lieu d’anses »

Nous retrouvons sous nos yeux cette description précise à laquelle il ne manque que les poissons mangés par les goélands au grand désespoir de Jeanne et les aloès aujourd’hui disparus. 21bis
Au milieu du jardin, trône le chêne des Etats-Unis d’Europe, âge de bientôt 141 ans (bravo Devon !) car planté le 14 juillet 1870 par Hugo avant de regagner la France, et pour lequel il composa ce poème Aux proscrits :

« Semons ce qui demeure, ô passants que nous sommes !

Le sort est un abîme, et ses flots sont amers.

Au bord du noir destin, frères, semons des hommes,

Et des chênes au bord des mers !

(…)

Sachez que nous pouvons faire sortir de terre

Le chêne triomphal que l’univers attend,

Et faire frissonner dans son feuillage austère
L’idée au sourire éclatant.

(…)

Ayons foi dans ce germe ! Amis, il nous ressemble.
Il sera grand et fort, puisqu’il est faible et nu.

Nous sommes ses pareils, bannis, nous en qui tremble

Tout un vaste monde inconnu !

(…)

Tu nous jettes au vent, Dieu qui par nous commences !

C’est bien. Nous disperser, ô Dieu, c’est nous bénir !

Nous sommes la poignée obscure des semences

Du sombre champ de l’avenir.



Et nous y germerons, n’en doutez pas, mes frères,

Comme en ce sable, au bord des flots prompts à s’enfler,

Croîtra, parmi les flux et les reflux contraires,

Ce gland, sur qui Dieu va souffler ! »



(photo 22)

Dans la maison, au rez-de chaussée, la salle de billard est un musée avec les portraits des enfants et petits-enfants. (photo 23)
Mais ensuite, on entre vraiment dans le délire de l’artiste. Passionné de brocante et doué d’une imagination débordante, il rapporte de ses excursions dans l’île des meubles en bois, faïences et tapisseries, les transforme et les détourne pour leur donner une nouvelle vie. Par exemple : une porte en table, une horloge en placard (sans aiguilles, elle représente l’éternité), des tapis ou de la vaisselle sur les murs et au plafond…
Hugo fait de cette maison une création très personnelle et très originale, « véritable autographe de trois étages, un poème en plusieurs chambres » (d’après son fils Charles Hugo). (photo 24).
C’est dans la salle à manger qu’on peut lire en latin cette sorte de devise : « Exilium vita est » (photo 25)
Les pièces sont pleines de symboles et d’inscriptions en français et en latin. Très sombres en bas, elles s’éclairent vers le haut en suivant le puits de lumière. (photo 26)
Aux étages, Hugo pouvait voir d’un côté la mer et la France par beau temps… (photo 27)
… et de l’autre côté la maison de Juliette. (photo 28)
Tout en haut, après sa bibliothèque, sa chambre aux dessins orientaux… (photo 29)
et le « lookout » où il travaillait. C’est là qu’il écrira plusieurs de ses chefs d’œuvre : La Légende des Siècles, Les Misérables, Les Travailleurs de la mer, L’Homme qui rit… (photo 30)

SHOPPING
Tous les groupes se retrouvent à 16h à Market Place et de là shopping en groupes d’au moins 3 personnes. Quartier libre pendant 1 heure, à l’aventure comme dans Pékin Express !
Il faut parler anglais, bien compter (c’est assez cher) et ne pas se perdre…
Mais à nous les glaces, les cadeaux rigolos et la liberté !

LITTLE CHAPEL
Nous avons ensuite rejoint un bus et sommes partis vers notre campement.
En chemin, le chauffeur a bien voulu s’arrêter pour qu’on voie Little Chapel, l’œuvre de frère Déodat, la basilique de Lourdes en miniature. (photos 31, 32, 33 et 34)

CAMPSITE
Nous arrivons au camping à 17h45. Découverte des tentes et installation. (photo 35)
Dîner à 19h30 : lasagne et petits pois (anglais), crumble custard.
Petit dejeuner à 8h30 dans la Haybarn (grange) : weetabix, corn flakes, lait de Guernesey, chocolat chaud pour les élèves, café et thé pour les professeurs, toasts et orange marmelade, strawberry, raspberry et blackcurrant jams. (photo 36)
Mme Pouillard distribue le questionnaire sur Mont Orgueil Castle et Mme Grosfils lit les 2 poèmes de Victor Hugo écrit aux dolmens de Rozel et de Faldouet. (photo 38)
C’est un peu la ferme ici, il y a moutons, poules et chien. (photo 37)
Nous partons à 10h15 en bus pour l’embarcadère et embarquons à 11h45. (photos 39 et 40)
Pique-nique dans le bateau. Beau temps, pas de malades.

JERSEY
Débarqués à 13h, nous trouvons le bus et le chauffeur qui va nous commenter la visite du Tour de l’île. Il s’appelle Pierre Maurel, il a un permis de « char à banc ». Son grand-père normand est venu à l’âge de 10 ans cultiver la pomme de terre Royale qui règne sur les champs de Jersey.
Tout en prenant la route vers le Sud-Ouest, il commence par un peu d’histoire :

Jersey, située à 24km de la Normandie, fait partie du duché de Normandie. Quand en 1066 le duc Guillaume le Conquérant devient roi d’Angleterre, elle continue de faire allégeance au duc de Normandie. En 1204, le roi français Philippe-Auguste récupère la Normandie mais pas les iles qui restent alors fidèles aux héritiers du duché. Pendant presque 600 ans, la France a voulu les reprendre. La bataille de St Hélier en janvier 1781 (pendant les fêtes de Noël les soldats anglais étaient rentrés chez eux) fut la dernière tentative française pour reconquérir Jersey.
4% des habitants parlent encore l’ancien normand avec le même accent qu’au Québec (c’est d’ailleurs le cas de notre guide). On dit « c’est bien biau ! » par exemple.
En 1992, refusant de rentrer dans la Communauté européenne, les îles deviennent un paradis fiscal.
A St Aubin, nous passons près d’un ancien fort de pirates et près d’un jardin décoré de coquillages.
Vers St Brelade, nous croisons des voitures et des maisons de luxe. Les élèves s’écrient à chaque fois « Oh la vache ! » Pourquoi ? demande le chauffeur. Voici un semblant d’explication : cela viendrait de mort aux vaches (guerre de 1870, Wache=gardes en allemand) et indiquerait d’abord une surprise désagréable puis ce serait passé à n’importe quelle surprise voire à de l’admiration.

Le guide nous explique les systèmes politique et scolaire :
Pas de communes mais des paroisses. Pas de maire mais un connétable qui est élu député 3 ans (les sénateurs le sont 6 ans). Pas de parti politique. Le bailli est nommé par la Couronne anglaise.
Une école élémentaire dans chaque paroisse, des collèges à St Hélier. Pour l’Université, il faut aller en Angleterre mais ils paient le double des Anglais car ils sont considérés comme étrangers.

Nous atteignons La Corbière, le point le plus au sud. Arrêt photos devant le phare blanc (le 1er en béton), au bord de la falaise. Dans les grandes tempêtes, les vagues passent sur le phare. (photo 41)
Après la plage de St Ouen, au bord de l’Atlantique, avec ses arbres brûlés par le sel marin et ses mielles comme chez nous dans le Cotentin, nous nous arrêtons à la Grêve de Lecq. (photo 42)
Plus loin, arrêt photos devant de belles Jersiaises : des vaches ! Le guide nous explique qu’il n’y a plus que 23 fermes sur l’île. La race jersiaise est protégée, c’est la seule autorisée sur l’île. (photo 43)
Nous arrivons au port de Gorey et partons à l’assaut du château Mont Orgueil, appelé ainsi par les Français. (photos 44 à 57)
Nous arrivons à St Hélier à 17h30 pour embarquer à 18h30. En partant, une inscription en normand nous salue : « A bétôt et à la préchaine ». (photo 58)

RETOUR ET IMPRESSIONS
Après une traversée tranquille, nous avons débarqué avec ½ h de retard à 21h15 heure française.
Élèves comme professeurs, nous avons été enchantés de cette visite linguistique, culturelle et historique chez nos cousins normands (et par un beau temps lui aussi normand bien sûr !).

Documents joints